Un mot d’amour à ses enfants anarchistes.

Ils disent ni dieu ni maître. Ils ne veulent obéir à rien ou à quoi, sans savoir qu’il est impossible de vivre sans suivre quelque chose, ou obéir au moins à sa conscience, ou à un but, ou un objet qui n’est pas défini, ou encore à la nature, ou à la raison. Or rien de tout cela n’est défini de façon radicale, définitive, et qu’on ne sait jamais. Est-ce l’individu qui doit primer sur le collectif, ou le collectif sur l’individu ? Et au sein de ce collectif, s’il y avait des parts d’ombres, d’intentions non exprimées, d’intentions sournoises et cachées, d’erreurs admises comme vérités, d’ignorances qui ne peuvent pas ne pas être, de défauts ou de faiblesses, de fautes commises, qui ne manquent pas de produire leurs effets, si tout cela n’était pas pris en compte, cela ne peut que dégrader les meilleurs systèmes et organisations. Qui finissent par se disloquer ou se crisper dans leurs certitudes, voulant s’imposer à leur tour. Néanmoins, il faut toujours aller de l’avant dans ses projets, et ne pas se sentir paralysé par la tâche qui se présente.

Le plus difficile étant ce fait simple de rendre meilleur le monde. Ou de rendre meilleur le mauvais sans devoir le tuer, sans faire mal à son tour. Mais le renverser sans le connaître, sans savoir non plus ne donne rien. Il n’est nullement question d’admettre les actes mauvais de ses ennemis. De ceux dont on pense qu’ils sont dans le mal et font mal, ce qui tombe sous le sens, ce qui est évident, comme font les violents. Ou les riches ou les puissants lésant, blessant, privant de vie les plus modestes. Tu peux dire non à tout ce qui te tue, et du même coup tout ce qui opprime le gens. À toutes les formes de sexisme, de racismes, spécismes, toutes formes inhumaines qui séparent les hommes. Et en sens inverse dire oui à tout ce qui unifie les hommes, les rassemble. Voilà pourquoi les hommes cherchent un lieu commun. Une pensée commune et une union.

Mais songe que de l’autre côté c’est exactement le même processus.

Que ceux qui sont dans l’autre sphère à laquelle tu t’opposes ont aussi leurs raisons, leurs motifs et leur conscience leur dictant ce qu’ils en perçoivent, se fondant sur des principes qu’ils admettent, et pour lesquels ils se battent. Évidemment ils font mal. La balance, le rapport de forces étant toujours du côté des plus violents, des plus féroces.

Tout se passe comme si les féroces avaient été un jour des gens victimes de violences et qui ont renversé la situation à leur avantage, et par conséquent ne veulent pas être vaincus à nouveau ou retomber dans la situation des êtres dominés et vaincus. Comme on dit, malheur aux vaincus. C’est le cercle vicieux de l’histoire.

Il faut aller au bout de sa conviction. Un anarchiste ne peut pas vouloir le pouvoir politique, gouverner les autres hommes, leur imposer quoi que ce soit. Il ne peut pas non plus subir, et demeurer esclave des conditions extérieures, mais entre les deux, pour ne pas subir il doit savoir se défendre, et pour se défendre il doit savoir aussi imposer sa loi, et que celle-ci ne soit pas issue d’un arbitraire mais qu’elle soit juste.

Alors voilà, ni dieu ni maître mais qui donc nous indique la loi juste dans un monde criant d’injustices ? Crier l’injustice révélera til le juste ?

Obéir à la Terre, à la nature alors que nous sommes totalement plongés dans l’Artifice ? Obéir à la Science alors qu’elle est entre les mains de savants qui au fond ignorent tout, et ne peuvent qu’ignorer le tout, vu l’immensité de ce tout, l’infinité des liens et relations, ce qui relativise leur savoir, et ne peut en aucun décider pour l’ensemble. Obéir à des religieux qui sont exactement comme des savants, érudits en textes et en sagesses, en prophéties, mais qui sont tout autant dans l’ignorance des phénomènes réels, de ces domaines précis des esprits et de l’esprit, écrit nulle part ? Mais ne se privent pas non plus d’imposer leurs voies au même titre que la science impose ses techniques et autres innovations au services des puissances.

Dans tout cela, il en ressort une chose évidente, et dramatique, c’est le fait des peuples victimes de leurs faiblesses. Le monde ne vivant plus que sous un rapport de forces, un affrontement.

Ce n’est pas un jeu sur lequel on peut parier. Ou alors la vie est un Jeu, un grand jeu dont nous sommes l’enjeu.

Il faut dans ce cas avoir les meilleures cartes en main. Et pour cela il faut se les donner. Recomposer le jeu en distribuant les cartes, ne pas se faire déposséder de celles qu’on a reçu. Entendre, échanger, de là il en sort toujours de la Vérité. Cette dimension verticale qui émerge de l’horizontalité.

Nous pouvons aussi obéir à nos désirs, mais cela demande une certaine prudence, par le feu qu’il contient.

Il reste un peu d’Amour dans le monde. C’est sans doute à cela qu’il convient d’obéir et de suivre.  N’oubliez pas que les méchants se revendiquent aussi de cela, sous ces vocables Autres, venus d’horizons divers et variés, et que leur foi n’est pas plus infondée que la vôtre.

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