Réanimation des âmes mortes

Un des problèmes majeurs de l’homme est celui du travail, au sens physicien de l’effort, donc de l’énergie qu’il faut pour survivre, exactement comme l’animal, ou n’importe quel être vivant voulant vivre, ni plus ni moins, cela indépendamment de la reproduction de son espèce, qui est l’autre problème majeur.
Tout cela se passe sous cette forme hiérarchique, inégalitaire, liée à nos différences de connaissance, d’intelligence, de ruses, de bontés et de malignités. Depuis le temps, les systèmes se sont affinés. Les esclavages ne sont pas les mêmes que dans l’antiquité. Mais ce sont tout de même des servitudes, et des chaînes. Ceux qui se font servir ne tiennent pas trop à perdre leurs avantages, et ceux qui servent savent aussi comment se servir des subalternes, des petites mains qui leurs procurent les biens dont ils ont besoin, que ceux soient des vrais ou des faux besoins. Tout le monde connaît la valeur de l’argent, ce facteur qui tient tout le monde en otage, et qui le tient d’autant plus que tu en possèdes. L’argent est rarement providentiel. Chacun croit légitime la fortune dont il hérite, de la position qu’il occupe dans ces ensembles qui le précèdent et l’ont mis dans ces conditions, en lui demandant sa part d’efforts. En vrai chacun essaie de se maintenir, ou d’améliorer sa condition. Dans cette optique, tout ne serait que déploiement de ses ruses, pour arriver à ses fins. Rien de négatif a priori. Tout semble normal. Normal du fait de la valeur en apparence logique des monnaies, et des droits donnés par la loi. Il semble donc qu’il n’y a aucun mal dans le monde s’il n’y a pas de transgression des lois que les hommes ont imposé. Ceux qui détiennent des milliers d’hectares se sentent dans leur droit. Ceux qui diffusent des poisons sur les sols et dans les airs, ceux qui chassent et ravagent les milieux, exploitent les forêts et laissent des champs de ruine ne se font guère mauvaise conscience des dégâts qu’ils commettent, s’en lavent les mains et récusent toute opposition. Ceux qui font dans l’illégalité des trafics interdits n’ont guère plus mauvaise conscience, tout cela se tient dans des ensembles qui en apparence s’opposent, mais en réalité se complètent.
Les lésés de l’histoire peuvent aller se faire voir ailleurs. Il y a un Ordre dans ce monde, qui n’a rien a voir avec la morale effective, un bien opposé à un mal, compris au sens métaphysique.

Comment en est on arrivé là ? Ce bien ou ce mal, naturel, évident, simple dans les sociétés simples, où les hommes égaux devant la nature, et égaux entre eux, savaient d’instinct peut-être le bien et le mal les touchant individuellement et collectivement, sans distinction de l’un et de l’autre. Tout le monde dans un même bain. Autrement dit, l’individu s’identifiait au groupe et le groupe donnait son identité à l’individu, toujours selon une loi implicite et peu écrite.
Mais voilà, nous sommes passés du côté des civilisations hiérarchisées, compliquées, structurées selon des codes et des règles, des normes imposées et très contraignantes, tout cela au nom d’un Bien qui s’est imposé pour la collectivité. Ce Bien ne pouvant avoir de valeur aux yeux des hommes que si on leur désignât un Mal.
Ces mondes dits civilisés ne tiennent que sous l’emprise des morales. Et le moteur de ces morales est la peur, et son autre versant le plaisir. Carotte et bâton en résumé. Tout n’est pas mauvais dans ces formes civilisées, cela va de soi. Parce qu’il reste des hommes vraiment bons. Des êtres inspirés, et que tous ces textes, écrits prophétiques, ou philosophiques contiennent une large part de vérité, malgré toutes les erreurs d’interprétations. Cela tient aussi parce que la nature est vigoureuse. Mais elle subit les assauts des forces négatives de toutes ces productions visant à s’extraire de la Nature vue comme hostile.
Ce qui semble constant, que ce soit dans une nature sauvage ou dans une cité moderne c’est la lutte obligée. Et la difficulté s’accroît avec les problèmes de génération. De continuité du vivant, de notre vie dans ce vivant là.
Comme tout est lié, on ne peut dissocier nos travaux de nos désirs, de nos amours, et de nos plaisirs. On sait tous très bien qu’on ne fait rien pour rien. Gratuitement. Rien n’est gratuit.
Nous devons donc toujours payer de notre vie pour pouvoir vivre.
Une fois que nous aurons épuisé notre vie, nous aurons puisé toute notre vie donc, là nous l’aurons, mais à condition de vivre vraiment et non pas de façon factice, illusoire ou menteuse.
La vie ne tient que selon l’ordre de la vérité incluse en elle. Instinctive, intuitive et belle.
C’est bien à ce niveau là que les choses font défaut, que les situations sont périlleuses. Même si nous admettons a priori que Tout ne peut être que vrai, de même que Tout ne peut-être que beau, cela ne semble pas si simple. Il y a à la racine un immense problème qui recouvre les problèmes évoqués, du travail ou de la génération, des tâches imposées et des devoirs que nous avons les uns vis à vis des autres. Et également en notre intériorité.
Dans la folie, la vérité nous échappe. Dans la souffrance poussée à son paroxysme, la beauté n’est pas possible. Ce sont deux formes du naufrage existentiel. Celui de l’être déchiré, en lambeaux. Comment dans un monde décomposé, frappé d’interdit, pourrions-nous nous recomposer et nous sentir vivre, heureux et joyeux ? Supportant les peines, cheminant malgré les tourments et les blessures ? C’est pourquoi nombre d’entre nous se résignent et renoncent à vivre, baissent les bras et se soumettent à ces ordres qui rendent le monde malheureux, en essayant de conserver leur maigres privilèges et leurs postes, ou leurs foyers très souvent au bord de la rupture. Et cela se perpétue, entraînant les enfants à leur suite, dans cette chaîne sans fin, un piège que le monde perçoit malgré les voiles, et les fausses vérités, mais chacun s’y berce d’espoir de changement.
Cela ne se peut dans ces conditions là. Cela ne se fait pas tout seul. Nous ne passons pas d’une rive à l’autre sans passeur ou sans passerelle, sans un gué ou un navire, ou en restant sur la rive actuelle.

Les mots sont-ils trop faibles pour ranimer les âmes mortes ?

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