prendre son temps

Essayons d’être juste. Je ne peux qu’être seul porteur de ma faute, qui reste enfouie quelque part méconnue de moi-même, que je ne peux pas vraiment percevoir, sauf en ses effets. Fautes ou faiblesses, ou encore ces tares, peu importe. Tout cela, n’est qu’à moi. Chacun d’entre nous ayant la sienne qui lui colle à la peau, et lui sert – si on peut dire qu’elle est utile – d’épreuve, de fil à retordre, de piège tout de même assez mortel ou douloureux. Plus ou moins, c’est entendu.

Il est patent que nous ne sommes pas coupables au même degré, d’atrocités commises, ou d’actes bons ou mauvais. Nous n’agissons jamais en pleine conscience, c’est quasiment impossible. Si c’était effectivement ainsi nous connaîtrions le début et la fin de toutes choses, ce qui serait dans ce monde un autre type d’épreuve.

J’imagine ce que le saint doit souffrir dans ce monde plutôt désolant. Sans doute effectue-t-il une œuvre pour son propre rachat. Tandis qu’à l’opposé, les hommes dans leurs menues actions plus ou moins automatiques, ne se rendent pas compte de ce qu’ils font, et où cela contribue aux maux du monde. Que ce soit par des mots, des manques, des faiblesses, nous sommes contributeurs comme des marionnettes inconscientes, demandeurs, consommateurs, et producteurs de ce monde-ci. Il y a également une part consciente dans nos opérations, sinon il ne resterait plus rien de viable, tout serait dégradé, ce qui n’est pas loin d’arriver par les effets cumulatifs et le nombre d’humains sur cette terre qui ne font séparément, pas tellement de mal, mais qui s’accroît avec le nombre. C’est tellement banal comme constat.

Dans ces conditions nous cherchons un grand fautif à tout cela. Nous ne pouvons pas imputer aux autres la moindre de nos fautes,  qui nous parait insignifiante et que nous nous pardonnerons volontiers. Face à l’ampleur des maux, notre responsabilité, notre culpabilité semble n’être rien. C’est vrai dans la mesure où nous savons quel bien et quel mal nous produisons dans le monde.

C’est à dire que nous savons ce que nous servons. Nous n’aggravons pas notre dette. Nous faisons reculer notre inconscience, et nous nous élevons n’étant pas un outil des forces négatives qui ont leur nécessité, mais qui ne nous obligent nullement à les servir.

Là, selon ce qu’on sert on commence à y voir plus clair. C’est en ce sens aussi qu’il faut du temps pour que cette opération se produise en nous. Comme un long processus d’épuration, de bonification de notre vin.

La terre a de la bouteille, de même que les cieux et ceux qui y habitent.

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