Magma

C’est peu de dire que le monde est égaré, perturbé, ne sachant plus où se rendre, parant au plus pressé. C’est comme si tous les repères avaient disparu. Ce qui a pour effet de cloisonner chaque groupe sur ses certitudes, ou sur ses acquits, bien matériels ou culturels que chacun défend, en rejetant tout ce qui dérange l’ordre – instable – où il surnage. Triste spectacle des hommes politiques et de leurs discours, de même que tous ceux des élites savantes autorisées, face à tous ceux qui sont interdits. Difficile de savoir qui a raison dans le magma.
De même qu’il est impossible de se soigner si on ignore les causes de ce qui nous affecte. S’il nous manque une lumière par où nous pourrions nous diriger, et agir. Il est plus facile de se murer que d’opérer un renversement de nos choix. Nous n’entretenons plus de relation vraiment saine, d’une part avec la Nature, au sens de Voix, et d’autre part entre Nous, pris dans des schémas tout fait dans nos représentations et croyances qui nous enferment et nous séparent les uns des autres.
Dans ce sens c’est un moment périlleux, déséquilibré. Déséquilibre biologique, le climat étant comme une fièvre. Disparition ou prolifération, assèchement ou inondation, impuissance ou excès des hommes dans tout ce qu’ils entreprennent ou subissent. Les enfants vont devoir composer avec ce qu’on leur laisse comme héritage, ce qui est tout de même très rude pour eux. Ils n’en sont pas responsables et cependant vont devoir assumer et prendre les choses en l’état, dans cette sorte de rupture avec ces formes du passé profond. Nous aussi avons subi cela, mais nous avions encore un lien possible avec les espaces sauvages. Tandis que dans ces contextes artificiels il ne reste plus rien de la nature, ce qui est trop bête, et irréversible. Même notre intérieur est exsangue. Nos corps et nos désirs, nos appétits, notre lecture du monde deviennent comme desséchés, sans lumière, puis d’un coup survient l’inverse sidérant.
Pensez donc que le vivant est là, et ne saurait mourir. Il est prêt à mourir pour sauver le vivant. Évidemment, pour nous c’est violent, et nous ne savons pas toujours en interpréter les signes. Faire la différence entre le Vivant et le mort.
Bien entendu de guerre lasse nous sommes tentés de renoncer à tout. Et nous livrer à la bière. Ou à d’autres stupéfiants pour oublier tout ça.

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