La raison

Devenir fou alors que nous le sommes, que tout est fou avant nous. Il y a une démence dans ces univers. Peu importe la façon dont ils furent créés. Ils sont fous par la profusion, l’infinité des formes et des pensées, l’impeccabilité des calculs, leur perfection, la science absolue qui est à l’origine, et engendre à toutes les échelles du cosmos ces bals stupéfiants, millimétrés, organisés, ordonnés, ces harmonies des sons, couleurs, vibrations, ces variations sans fin des formes et des dimensions traversées. Prenez ne serait-ce que le Temps lié à l’Espace, inconcevables pour un esprit humain qui cependant essaie de le conceptualiser, mais ne l’a pas conçu.

Songez donc, que dans la conscience du savant c’est une honte de ne pas détenir les clefs qui le rendrait l’égal du créateur. De même, prenez un individu lambda, personne ne sait excepté lui ce qu’il pense, le fond de sa propre conscience, comme si chacun d’entre nous était confiné dans sa bulle. Avec comme seul moyen de franchir le passage de l’un à l’autre que les langages, les mots, les nombres, tout un arsenal de codes.

Nous concevons l’infini dans un corps fini, limité, borné, tenu dans ses repères, dans l’étroitesse de nos moyens très conditionnés, relatifs. De même nous savons qu’il y a une puissance colossale dans ces univers, une fulgurance des phénomènes, nous sidérant, et nous voilà là, si petits si ridiculement faibles, mais dotés de raisons et de pénétration dans les arcanes des choses. Donc de pouvoirs mêmes minimes, porteurs de signifiants et pesant sur le cours des événements. Que ces pouvoirs soient d’ordres techniques ou psychiques, ou verbaux, ils sont effectifs quoique minimes malgré leurs encyclopédies universelles. Ce sont les pouvoirs des civilisations, plus que ces pouvoirs des sociétés simples, minimales et proches de la nature. Confiantes, sereines, vivant au rythme du temps et de l’espace. Tandis que les complexes veulent aller plus vite, et accroître leurs champs d’investigation. Et tout dominer.

De là, de cette volonté dominatrice, commence la folie déraisonnable. Nous atteignons des sommets dans le style. Les derniers étant sévèrement écrasés et réduits à néant par ceux qui se tiennent en premier. Anéantis et enfermés dans leur condition de corps animal. Bétail subjugué. Matériau corvéable et pliable à merci. Sans destin autre que la décomposition et les organes voués à l’utile, simples pièces détachées d’un immense puzzle.

Ce monde vit une tragédie aggravée par la mise en place d’un pouvoir suprême mondial qui tend à se mettre en place. Non seulement nous pouvons perdre le peu de libertés qui nous reste, mais comme dans ces romans de science fiction il y a un piège dont nous ne pourrions nous délivrer, ou alors en nous suicidant tous, en végétant dans la soumission la plus extrême, comme une voix ou une âme éteinte.

C’est un peu comme ce diable qui veut te convertir et pour cela ne te laisse de choix que de mourir si tu ne t’exécutes pas. Tu dois donc abjurer ta foi. Il n’est jamais précisé à quoi tu dois croire, tu dois te rendre à la raison. Celle du plus fort.

Comme les loups. Qui sont aussi des masques. Évidemment on te traitera de complotiste si tu ne te rends pas à l’évidence du Bien. Comme si le bien pouvait comploter contre toi. Ben voyons…

%d blogueurs aiment cette page :