La pensée en miettes

Savoir dans quel temps nous nous trouvons, c’est à dire ce qu’il signifie dans l’ensemble des temps et des actes, ce qui relève du vrai ou du faux, du bon ou du mauvais, du beau ou du laid, c’est avoir l’heure, intuitivement. Prenez les arts, cet ensemble des œuvres qui recouvrent l’histoire. Par les œuvres, nous saisissons les pensées, les idées ou les concepts, les croyances. Il y eût des messagers n’ayant pas laissé de traces écrites, mais ils ont façonné les hommes. Certains ont voulu s’emparer des vérités laissées en suspens, jamais définitives, toujours ouvertes sur tous les possibles. Ceux où nous nous perdons comme ceux où nous nous sauvons, rien n’étant obligé. Nous sommes face à nous mêmes, face à nos choix. Il n’y a pas de mot plus vrai qu’un autre. Il n’y a que des volontés, bonnes ou mauvaises, d’où découlent nos actes. La volonté provient de la foi que nous cultivons dans un sens ou dans un autre sens. Servant les empires ou servant l’âme humaine. Les empires étant eux aussi tenus de servir les âmes a minima pour asseoir leur pouvoir. Disons, servir les hommes au lieu des âmes. Ils asservissent plus qu’ils ne servent. Ces dominants empruntent toutes les formes. Guerriers, Évêques, Docteurs, Juges, Rois. Ils sont liés les uns aux autres dans une sorte de contrat tacite et muet, des serments connus de tous, qu’ils ne peuvent trahir sans se perdre au sein de l’élite. Les peuples n’ont qu’à obéir à leurs directives, et s’ils se révoltent doivent payer le prix des modifications de cet ordre général établi institué, d’autant plus que cet ordre qui se pense en droit tout à fait légitime s’est fondé en premier lieu sur la prise en main intellectuelle, langagière, discursive des messagers, messies, ou prophètes leur conférant toute autorité, les autorisant à régner dans le monde.
Mais ce que les pouvoirs ignorent, c’est que les messages sont totalement dévoyés dans l’esprit, tels une trahison transmise, blanchie avec le temps, lavée de tout soupçon. On peut imaginer que si d’aventure un messie ou un prophète revenait, il serait mal accueilli, rejeté comme faux, tellement ceux qui font référence aux prédécesseurs sont certains de détenir la vérité. Les œuvres témoignant en leur faveur dans cette transmission des arts, des savoirs et des forces.
Il y a une constante en art, on ne peut modifier un détail sans devoir modifier la totalité de l’ouvrage, sa cohérence ou son harmonie. Comme en musique la moindre dissonance accidentelle est perçue comme fausse note, même si elle ne l’est pas au niveau de l’absolu. On en fait même désormais des symphonies entières dissonantes. De même en peinture.
Cela signifie qu’au fond règne un ordre absolu même dans le désordre. Je m’interroge. Où allons nous nous retrouver, dans le fond ou dans un sommet, peut-on considérer que base et sommet sont du même ordre ? Ou dire qu’un tableau blanc, un monochrome est plus riche de vérité ou de beauté, d’émotions, témoins des hommes plus profondément que le reste ?
Dans tout ceci, j’y vois la lente dégringolade vers le fond et qui nous rend littéralement exsangues. En assassinant la terre et les formes naturelles qui y vivent. Comme si nous n’étions capable que de nous suicider pour trouver notre royaume.
Deux mouvements contraires donc pour l’esprit humain, exclusivement de notre humanité : évolution ou involution. Les deux étant porteur de sens. La descente aux enfers signifiant qu’il y a des âmes aux enfers. Des âmes enfermées qui se sont rendues folles. Ne pouvant être délivrées que par « quelqu’un » venant de très haut.
D’où le délicat exercice des pouvoirs. Puisque ce sont d’abord et avant tout des pouvoirs liés aux mots, qui nous élèvent ou aggravent notre chute.
On ne peut faire aucun pronostique. Diagnostique non plus. Le futur est à faire, comme à la roulette ? Ou en vertu de quoi ?
Le passé, partout s’effrite comme des ruines Romaines ou Grecques. Même les Socrate sont en poussière dans les penseurs.

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