Du pouvoir et des hommes.

Quand Mazarin prit le pouvoir, comme un joueur d’échec ayant face à lui un échiquier, une carte et tous les acteurs en scène, un ensemble de données, des datas dirait-on aujourd’hui, il lui fallait concevoir et anticiper tous les mouvements afin de les orienter dans un sens bien précis. Ici, il était loyal à Louis XIII à qui il avait fait serment de poser son fils sur le trône. Il en a manipulé des hommes et des sommes d’argent, des groupes hostiles ou des comploteurs, comme Condé, prêt à tout pour renverser cet ordre monarchique de France. Bien ou mal, là n’est pas la question. La scène européenne était un champ de bataille perpétuelle, commerciale, financière, idéologique, où chaque camp tirait profit de tout ce qu’il pouvait.
Que se passe-t-il de nos jours plus sombres que ceux d’autrefois ?
Les données sont dans les serveurs, qui comme celles des physiciens tournent en boucle afin de découvrir les particules ultimes, ou pour effectuer les transactions les plus lucratives, ou déceler dans les génomes les mutations, entendre dans le cloud la teneur des messages et les intentions troubles ou subversives. Mais jamais prendre en compte des éventuelles paroles qui pourraient nous sauver du désastre, sauf s’il est possible de les reprendre à son compte, de les noyauter, de les dévoyer légèrement de leur sens de vérité en laissant croire qu’il s’agit de pure vérité, pour alimenter la machine de guerre et de puissance d’un groupe, d’un clan, d’une nation dans le monde, et sur le monde qu’on peut alors soumettre à ses vues.
Ceci n’est pas libérateur. C’est un piège affreux. Effrayant de mort. Tout cela désormais se passe à l’échelle mondiale, et non plus locale européenne, ou continentale. Tout se passe dans la fulgurance des informations allant à la vitesse des électrons. Cela se passe aussi dans les cerveaux, dans les cœurs, les cognitions, dans les forces des désirs et des invisibles. Dans les âmes humaines subjuguées, soumises par la terreur. La descente aux enfers n’est pas qu’une simple métaphore de la souffrance, c’est aussi un lieu effectif, un lieu chargé de nos os et de nos morts.

Alors dites moi, qui sait nous délivrer de ces lieux là ? Qui peut ? Non, ce ne peut être Mazarin. Ni Urbain VIII.

Entre parenthèses. On vit donc ce temps assez extraordinaire d’une Terre grouillant de vies, d’énergies supermassives qui se concentrent dans des Smart City comme des super-cellules organiques et techniques, informatisées et robotisés, comme semblent fonctionner les machines cellulaires de base animale ou végétales, comme des super structures, architectures, cercles et anneaux comme des cirques, surabondants, d’objets nés par magie. Objets miraculeux. Nous sommes loin d’être des hommes.

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