Du devoir léger

Il n’y a aucune raison valable de devoir souffrir sauf si nous devions impérativement puiser dans cette souffrance quelque chose d’essentiel, de transcendant, des perles ou des trésors engloutis dans le fond des océans, ou notre âme, si toutefois il s‘avérait qu’elle y gît. La vie, telle qu’elle est dans les conditions existentielles, dans ces temps, sur cette terre, dans ce monde, en ce sens n’est pas normale. Ce qui serait normal serait simplement d’être heureux, accomplissant les jours et les peines, sans sombrer dans des excès furieux, imposés par des fous. Ceux là qui précisément pensent que les hommes ne sont rien s’ils n’obéissent pas à des principes, des lois donc, des textes ou des dogmes, des écritures qu’ils prennent à la lettre sans savoir, et font des humains des matériaux pour des obscures fins. Ces finalités ne sont en vérité que leurs projections scabreuses et leurs hantises de souffrir, et imputent aux autres les charges qu’ils seraient bien en peine de supporter. La vie normale terrienne est légère. Comme le pachyderme de Dali sur ses pattes fines. Celui qui n’est plus normal, celui qui aspire à une sortie de ce monde, ou qui transgresse les limites sans que cela ait un prix terrifiant pour les autres, mais qui œuvre en lui ces éléments, et ces images, ou ces reflets d’un autre monde, sans être atteint de vertige, celui là n’impose rien à personne et surtout pas qu’on le suive sur sa pente ou ses sommets glacés.
En quelque sorte le pire est d’imposer un bien. Un bien inatteignable s’il n’est pas déjà là, déjà présent en soi. Et qu’il ne resterait qu’à accomplir en fait, qu’à rendre effectif. Mais alors ce bien sera toujours informulé, puisque c’est une voie discrète, intérieure, un chemin de lumière. Singulière. L’amitié peut peut-être en dessiner les contours, sans jamais outrepasser les imites de l’autre et de sa détermination. Juste faire écho et silence.
Ce monde déraille affreusement par tous ceux qui se croient détenteurs des biens qu’ils imposent et pour lesquels ils se battent comme des vulgaires chiffonniers, des abominables menteurs prêts à tous les crimes.
Les gens savent bien quels sont leurs devoirs pour peu qu’on leur laisse le choix, qu’on ne force pas leur goût, ne bride pas leurs moyens par des jougs honteux, des projets inutiles, des propagandes de bandits. Il suffit de voir combien ils prennent soin les uns des autres malgré ces maux qui les accablent et les épuisent. Possible aussi que les gens ne soient pas des saints, mais cela ne leur est nullement demandé, sauf par ces démons qui pèchent par orgueil et veulent absolument avoir raison de tout et ne pardonnent rien.

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