Cette chance

Nous avions cette chance de pouvoir encore vivre et voyager, de voir notre âme explorer tous les replis de la terre et des cieux, sans aller s’égarer dans des amas de roches et laves situées sur quelque incertaine planète lointaine, rencontrer notre humanité et les âges respectifs des désirs et des peines. Cette chance de pleurer et de rire, de danser sur tous les airs qui font soulever les os, et nous rendent légers.

Tout aurait pu être autre, mais nous n’avons eu que cette vie à remplir et c’est largement assez. Désormais, dans ce hasard prodigieux que pouvons-nous regretter et espérer sinon tenir cette vie offerte, comme la flamme douce d’un songe. L’arbre non plus ne choisit pas sa route, ni ses voisins, ses rencontres, ses amis et les hostilités qui le blessent. Il poursuit grâce à l’eau et aux vents, son état d’apesanteur.

Il n’est pas dispersé. Il est architecturé. Comme s’il se souvenait des fins depuis toujours. Non ceci ne serait pas produit sans cette chance d’étincelles et de plombs qui coulent dans les sangs, sans la désolation non plus, l’horrifique condition des autres et la sienne, ces malheurs et ces chocs qui te font vomir. Sans ces miracles sur les sommets des montagnes, la merveilleuse lumière. Surgie mille fois éveillé.

Et puis… les enfants ne sont pas des objets d’usines et de biochimies, des robots transgéniques, des machines désirées. Non plus nos parents dans ces cortèges d’erreurs qu’ils nous transmirent sans faille, comme l’ombre donne de l’acuité aux soleils.

Juste éviter que la folie nous sépare de nous-mêmes.

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