au conditionnel

Ce matin, la lumière est trop belle. Cela devrait suffire. Nous ne devrions pas éprouver le besoin d’en rajouter, de parler ou de tracer à l’infini des alignées de mots qui à la longue noircissent les pages blanches de la beauté qui se présente. Non qu’il faille se taire, c’est à dire demeurer retenu dans ses émotions, sans communion avec le monde, non.

Si nous pouvions nous tenir dans cette limpidité des formes, tranquillement côte à côte dans cette discrétion des regards échangés qui en disent plus long sur notre état que tous ces propos embrouillés qui veulent expliquer, produire du sens, et rendre une direction à nos existences, si au lieu de parler sans cesse, nous étions dans nos chairs comme un arbre dont la forme suffit pour révéler sa vérité, la forme ou l’air qu’il diffuse et par conséquent donne à vivre à tous ses hôtes.

D’ailleurs, nous ne savons pas être arbre. Ou cosmos. Si nous savions comment faire pour être nuage, nuée ou souffle animé, musique entre les branches, nous verrions notre corps de loin, comme une autre forme évanescente.

Nous serions distants de nous-mêmes et bien plus présents que lors de ces moments où nous nous accrochons à nos mots, nous nous enfermons dans une certaine prison du sens.

Il faut sans doute passer par cette diffusion des paroles, comme si c’était une exsudation de tout ce qui est mort en notre esprit, pour reconstituer avec le temps et les déconvenues, des bribes de mémoire et d’importance.

Nous ne nous souvenons plus tellement des règnes qui nous habitent. Ce serait là aussi une phrase suffisante. Instantanée.

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