Monstruosités intellectuelles

Il finit par se brouiller avec Bakounine, qui était, finalement, effrayé par son cynisme et sa violence. Bakounine écrivit ainsi :

« [Serge Netchaïev] est arrivé peu à peu à se convaincre que pour fonder une société sérieuse et indestructible, il faut prendre pour base la politique de Machiavel et adopter pleinement le système jésuite — pour corps la seule violence, pour âme le mensonge. La vérité, la confiance mutuelle, la solidarité n’existent qu’entre une dizaine d’individus qui forment le sanctus sanctorum de la société. Tout le reste doit servir comme instrument aveugle et matière d’exploitation aux mains de cette dizaine d’hommes. Il est permis et même ordonné de les tromper, de les compromettre, de les voler et même au besoin de les perdre. »

— Boris Souvarine, Staline, aperçu historique du bolchevisme, 19353

Selon Jean Vioulac, « le Catéchisme du révolutionnaire pourrait sembler trop excessif pour être véritablement signifiant. Il eut néanmoins une influence directe sur la conception du parti de « révolutionnaires professionnels » développée plus tard par Lénine dans Que faire ? (1902), et demeure en cela une source principale du bolchevisme. »

 

« Il y a du bon dans son manuscrit, poursuivit Verkhovensky, — il y a l’espionnage. Dans son système, chaque membre de la société a l’œil sur autrui, et la délation est un devoir. Chacun appartient à tous, et tous à chacun. Tous sont esclaves et égaux dans l’esclavage. La calomnie et l’assassinat dans les cas extrêmes, mais surtout l’égalité. D’abord abaisser le niveau de la culture des sciences et des talents. Un niveau scientifique élevé n’est accessible qu’aux intelligences supérieures, et il ne faut pas d’intelligences supérieures ! Les hommes doués de hautes facultés se sont toujours emparés du pouvoir, et ont été des despotes. Ils ne peuvent pas ne pas être des despotes, et ils ont toujours fait plus de mal que de bien ; on les expulse ou on les livre au supplice. Couper la langue à Cicéron, crever les yeux à Copernic, lapider Shakespeare, voilà le chigalévisme [archive] ! Des esclaves doivent être égaux ; sans despotisme il n’y a encore eu ni liberté ni égalité, mais dans un troupeau doit régner l’égalité, et voilà le chigalévisme ! Ha, ha, ha ! vous trouvez cela drôle ? Je suis pour le chigalévisme ! »

— Fiodor Dostoïevski, Les Démons4.

Tout aussi troublant et déroutant, ceci : http://kropot.free.fr/Bakounine-catechisme.htm

Principe généraux« Négation de l’existence d’un dieu réel, extramondial, personnel, et par conséquent aussi de toute révélation et de toute intervention divine dans les affaires du monde et de l’humanité. Abolition du service et du culte de la divinité.

Remplaçant le culte de Dieu par le respect et l’amour de l’humanité, nous affirmons la raison humaine, comme critérium unique de la vérité ; la conscience humaine, comme base de la justice ; la liberté individuelle et collective, comme unique créateur de l’ordre de l’humanité.

La liberté, c’est le droit absolu de tout homme ou femme majeurs, de ne point chercher d’autre sanction à leurs actes que leur propre conscience et leur propre raison, de ne les déterminer que par leur volonté propre et de n’en être par conséquent responsables que vis-à-vis d’eux-mêmes d’abord, ensuite vis-à-vis de la société dont ils font partie, mais en tant seulement qu’ils consentent librement à en faire partie »

Eh bien avec tout ça on est servi. Dieu est remplacé par l’homme, et le consentement de faire partie de la société. Mauvaises bases là aussi. pour plusieurs raisons. D’abord la raison n’est pas suffisante. Ensuite l’extériorité, l’existence de quelque chose d’extérieur. Si l’extérieur n’existe pas la vie n’existant qu’ici s’anéantit à la mort. N’existant que cette matérialité il n’existe aucun autre référentiel que ce contexte existentiel, relatif.

Perspectivisme, vous aurez beau zoomez et prendre une distance la plus éloignée d’un corps, réduisant ce corps à rien, devenu microscopique, il reste l’œil qui perçoit cet objet dans sa dissolution. Si l’œil s’anéantit, là tout s’anéantit.

L’œil, la conscience, ma raison sont-elles en « propre », Sont-elles ma propriété ? Elle existe aussi en dehors de moi, à la fois dans les autres, tout ce qui n’est pas moi, dans tout ce qui fut et qui sera.  En quelque sorte c’est cette notion de Dieu extra-mondain.
Mais dire qu’il ne serait qu’extérieur est également insuffisant. Cela signifierait une séparation en deux de l’universel. De même de ne situer qu’en notre intériorité. 

Comme tout ceci étrange et fabuleux. Vous avez un univers. un macrocosme et vous avez votre univers un microcosme. Mais notre univers propre est incomplet, toujours propulsé en avant par quelque chose qui le dépasse et le motive. Le macrocosme est lui aussi propulsé en avant.

C’est sans doute pourquoi tout est vivant. Il ne peut y avoir une seule ligne pure rejetant toutes les autres lignes.

l’absolutisme est un nihilisme. et tout ce qui en découle, comme la monarchie ou la dictature, du prolétariat ou autre.

L’Universel se compose d’une infinité de fils

c’est pourquoi parfois ils se brouillent 😉

 

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